Article 3B. Le phénomène de la vie ; l’impression de la complexité.
Le troisième article de cette seconde partie traitera de l’émergence de l’espèce humaine.
Les ancêtres de l’homo ; un arbre généalogique buissonnant.
Les singes supérieurs sont anatomiquement les plus proches de l’homme dans la nature actuelle. Le chimpanzé et l’homme doivent avoir un ancêtre commun africain en raison de la possession de caractères communs génétiques (les 99% de leur patrimoine génétique sont identiques au nôtre).
La naissance de l’homme est le résultat d’une longue histoire perturbée par de nombreux événements qui auraient pu empêcher l’homme d’apparaître. Il n’y aurait pas d’homme si l’ancêtre lointain des vertébrés (appelé Pikaia), puis les animaux à quatre pattes, puis les primates et enfin les singes supérieurs avaient été éliminés par la sélection naturelle.
Les primates sont apparus il y a environ 65 millions d’années. L’histoire des hominidés, avec l’ancêtre commun, débute vers moins 10 millions d’années. Les singes marchant sur deux membres inférieurs, appelés Australopithèques, apparaissent vers moins 7 millions d’années. Les premiers hommes vrais, du genre Homo, sont connus vers moins 2 millions d’années, alors que les hommes modernes (Homo sapiens) ont dû apparaître il y a seulement 180 000 ans.
Singe homme ou homme singe ; les Australopithèques bipèdes.
Le premier fossile d’Australopithèque a été découvert en Afrique du Sud en 1924. Le second Australopithèque découvert en 1925 fût étudié par le paléontologue Raymond Dart qui démontra que le fossile était celui d’un jeune singe d’environ 6 ans qui possédait une face plus humaine qu’un chimpanzé du même âge. Elle est, en effet, moins projetée en avant et dépourvue du bourrelet saillant au-dessus des yeux qui commence à apparaître à cet âge chez le chimpanzé.
Le paléontologue Broom découvrit ensuite un crâne d’Australopithèque adulte. Par sa morphologie adulte, ce crâne confirme le bien-fondé de Dart. Mais le caractère le plus important concerne la position du trou occipital qui relie le crâne à la colonne vertébrale. Chez cet Australopithèque ce trou est situé en position inférieure, ce qui indique une station debout sur ses deux membres inférieurs. Au même âge le chimpanzé a le trou occipital qui a basculé vers l’arrière en position oblique et lui impose une station quadrupède. Le fossile de Broom démontrait que l’Australopithèque avait acquis une bipédie permanente tout en conservant une capacité crânienne faible.
La dernière découverte d’un Australopithèque, au début du XXI ème siècle, appelé Toumaï vivait en Afrique il y a 7 millions d’années.
Homo erectus ; l’homme debout sur ses membres inférieurs.
Les hommes érigés, qui vivaient en Afrique, ont un crâne allongé avec une face projetée en avant. Les orbites sont surmontées par un bourrelet très épais, souvent plus massif et arrondi que celui des Australopithèques. La voûte crânienne aplatie présente un rétrécissement accusé à l’arrière des yeux et une crête osseuse au dessus. La capacité crânienne varie avec l’âge des fossiles, passant chez les jeunes de 900 cm3 à 1300 cm3 chez les espèces les plus récentes. La mâchoire inférieure est robuste et les dents de fortes tailles.
L’évolution des hommes érigés se traduit par l’accroissement de la capacité crânienne.
Les hommes érigés qui ont migré en Asie et en Europe ont évolué différemment selon les régions. En Europe, ils ont évolué vers l’homme de Neandertal.
Le premier des européens ; l’homme de Neandertal, l’homme des glaces.
Ces Néandertaliens qui ont colonisé l’Europe ont découvert un pays qui, lors des phases de glaciation, était assez hostile, puisque couvert de glaciers au Nord et d’immenses steppes glacées. Mais ces espaces étaient riches en faune.
L’homme de Neandertal, a un crâne dont la face est saillante vers l’avant. La face est grande. Le dessus du nez est proéminent et large, paradoxalement, comme chez les hommes modernes vivant aujourd’hui sous un climat chaud et humide d’Afrique. Les orbites de grandes dimensions sont surmontées par un bourrelet très épais et continu comme les Homo erectus. Le front court et fuyant forme l’avant d’un crâne aplati et très allongé vers l’arrière comme un chignon (appelé d’ailleurs « chignon occipital »).
La capacité crânienne des néandertaliens varient de 1 200 cm3 à 1 740 cm3.
La mâchoire massive, longue, large et haute est dépourvue de menton. Les dents sont massives, notamment les incisives et les canines.
La stature des néandertaliens varie entre 1, 55 mètre et 1,75 mètre. Les hommes de Neandertal étaient des hommes possédant une grande masse corporelle, ramassée par rapport à la taille avec une très forte musculature. C’étaient des farouches chasseurs presque exclusivement carnivores.
La plupart de ces caractères morphologiques font partie de l’héritage simiesque, qui disparaît définitivement chez l’homme moderne.
Neandertal et Cro-Magnon (nous) ont vécu ensemble pendant des milliers d’années sans se croiser génétiquement, en effet, leur patrimoine génétique était différent. Les hommes de Neandertal ont disparu, mystérieusement, il y a environ 35 000 ans de la même façon que les Homo erectus, il y a 200 000 ans.
L’homme de Cro-Magnon ; l’Homo sapiens ou l’homme moderne.
Les crânes de Cro-Magnon, les plus anciens, découverts en Afrique sont très différents de celui des néandertaliens en raison de la disparition définitive des caractères simiesques résiduels, en particuliers du fort bourrelet situé au-dessus des orbites. Celles-ci sont larges et peu élevées, à bord presque rectiligne. Les crânes ont une face verticale non projetée en avant, avec un nez saillant et un front large et élevé. La voûte crânienne est allongée et très arrondie. La capacité crânienne de cette population locale est de l’ordre de 1 500 cm3. L’homme moderne a un cerveau de grande taille qui varie d’un individu à l’autre entre 1 100 et 2 000 cm3.
Les mâchoires portant des dents de petites tailles possèdent un menton triangulaire proéminent. Les squelettes de Cro-Magnon ont des os moins massifs que ceux des néandertaliens, mais néanmoins les crêtes d’insertion musculaire dénotent une musculature puissante. Les os indiquent une stature élevée, variant de 1,70 à 1,85 mètre. Le pouce de la main est fort et peut s’opposer aux autres doigts, ce qui lui permet de saisir des objets.
Les singes supérieurs sont donc anatomiquement les plus proches de l’homme dans la nature actuelle. Darwin devait démontrer déjà en 1 871 que le chimpanzé et l’homme devaient avoir un ancêtre commun africain en raison de la possession des caractères communs, notamment au niveau embryonnaire (l’embryon humain est très semblable à l’embryon de chimpanzé).
Réflexion ; des singes et des hommes ; la différence.
Quelles sont les formes du psychisme qui distinguent l’homme des singes supérieurs au terme de 10 millions d’années de divergence ?
Considérons tout d’abord l’utilisation de l’outil comme référence. Des travaux de chercheurs ont montré que les chimpanzés utilisent souvent des objets naturels comme outils. Par exemple, lorsqu’ils se sentent menacés, ils s’emparent de branches d’arbre et frappent violemment le sol afin de dissuader leur agresseur de passer à l’action. Lorsqu’ils sont assoiffés, ils utilisent des feuilles d’arbre qu’ils trempent et imbibent à la façon d’une éponge dans l’eau accumulée dans des souches d’arbre. Les chimpanzés pygmées les «bonobos », consomment beaucoup de noix. Pour les écraser, ils utilisent des grosses branches ou des cailloux comme percuteurs. Souvent même, ils utilisent des blocs de pierre comme enclumes pour faciliter l’écrasement. Mieux encore, les chimpanzés qui aiment manger des termites, arrachent des branchettes d’arbre, pour les capturer, ils les dépouillent de leurs feuilles jusqu’à ce qu’elles soient lisses. Ils les enfilent dans les termitières. Les termites s’agglutinent sur la tige pour combattre l’intrus. Les chimpanzés attendent que les insectes soient bien accrochés après la tige, les retirent délicatement et les ingèrent. Il s’agit ici d’une véritable fabrication d’outil à partir d’un élément végétal naturel par un aménagement réfléchi. Le chimpanzé a fabriqué un outil qui n’existait pas dans la nature.
Dans une expérience filmé (de Nathalie Borgers et Pascal Picq, Arté, décembre 98), l’expérimentateur invente un système de boîte qui peut délivrer des friandises convoitées qu’à la condition de cisailler une corde avec un outil coupant. L’expérimentateur taille un silex avec un percuteur devant un bonobo, nommé Kanzi, et cisaille la corde qui libère les friandises. Il remet le système en place et laisse le matériel à la disposition de Kanzi. Celui-ci, imite l’homme et taille un silex maladroitement mais assez efficacement pour arriver à obtenir ainsi ces friandises. Il y a eu, bien sûr, imitation, mais pas innovation en présence du problème.
Une autre expérience a été faite au zoo d’Arnhem. Devant un chimpanzé, l’expérimentateur introduit une banane dans une boîte accrochée à un fil très élevé et il laisse le chimpanzé trouver une solution pour y accéder. Il a volontairement disposé dans le parc des grands cubes de bois permettant de construire un échafaudage pour atteindre la boîte à banane. Le chimpanzé réfléchit, analyse la situation et assemble les cubes les uns sur les autres jusqu’à se qu’il atteigne son objectif. Mieux, si on renouvelle l’expérience en présence d’autres chimpanzés, celui qui a réussi à résoudre le problème ne participe pas à la suite de l’expérience et se garde bien de faire voir aux autres la façon de procéder. Il se comporte comme s’il voulait garder jalousement le secret pour lui seul. Cette expérience montre incontestablement un phénomène de pensée réfléchie des chimpanzés.
Comme chez l’enfant, la transmission du savoir chez les chimpanzés se fait par imitation pendant leur période juvénile d’apprentissage avec les adultes.
Réflexion ; langage articulé et communication ; la transmission du savoir par le langage parlé et écrit, outil permettant la continuation de la pensée humaine dans le temps.
Au cours du XIXème et du XXème siècle plusieurs anthropologues ont tenté d’apprendre le langage à des singes, sans résultats probants. On mettait ces échecs sur le compte de l’inaptitude des singes supérieurs à maîtriser le langage. On compris plus tard qu’il s’agissait d’une impossibilité à vocaliser due à la position plus haute du larynx chez le singe qui empêche, mécaniquement, toute modulation des sons par le pharynx.
En 1 966, un couple de chercheurs américains a tenté d’élever un bébé chimpanzé, nommé Washoe, comme un bébé humain, en lui apprenant le langage gestuel des sourds-muets américains. Le résultat fut étonnant, Washoe, une jeune femelle, a appris en cinq ans plus de 160 signes qu’elle assemblait pour former des phrases. Ensuite, Washoe, transférée dans une Université américaine d’étude des primates, a poursuivi l’expérience avec succès. Elle prenait souvent l’initiative de la conversation, utilisant verbes et adverbes d’une façon logique.
Le record actuel concernant l’étendu du vocabulaire gestuel revient au gorille Koko avec plus de 350 mots. D’autres expériences ont aussi été faites avec le bonobo Kanzi (déjà cité), à qui on a appris à utiliser un cahier sur lequel était écrit 100 mots anglais, chaque mot étant associé à une image, Kanzi, dont les prouesses ont étonné le monde scientifique, est arrivé à comprendre le langage humain parlé et à exécuter à la perfection les ordres qu’on lui donnait. Il était même capable de réaliser des actions qu’on lui suggérait au téléphone, non influencé ainsi par la vue de l’expérimentateur.
Le langage n’est donc pas une spécificité humaine, mais le langage articulé ne constitut qu’une différence mécanique entre lui et le singe supérieur. Il est vraisemblable que l’homme archaïque à la face proéminente, avant d’avoir un langage articulé, avait au moins un langage gestuel.
On peut dire, que le langage articulé n’a atteint son expression actuelle que chez les premiers hommes modernes en raison de leur face très verticale qui repousse vers l’arrière la structure larynx–pharynx et entraîne son allongement qui permet la modulation des sons.
La société humaine a évolué grâce au langage articulé qui a permis à l’être humain de communiquer avec ses contemporains. L’ensemble de toutes les connaissances qu’il a acquises, depuis des millénaires devient accessible à tous les êtres humains grâce à des manuscrits sur lesquels ont été consignés les informations générées par le langage articulé depuis des siècles. Sans ce langage et surtout ces écrits ne serait-il pas encore à l’état de Cro- Magnon chasseur- cueilleur exclusivement ?