Article 4C.L’influence du raisonnement logique sur mon psychisme et mon comportement.
La conscience de soi et la conception de la réalité.
Les définitions des états de la conscience.
La conscience est une activité cérébrale particulière qui nous permet de nous situer et de nous identifier face à un monde étranger à notre corporalité (notre Moi limité par la peau).
C’est la structure harmonieuse de notre conscience qui nous permet de considérer tous les événements agréables ou désagréables que nous rencontrons au cours de notre vie. Quand ces événements sont agréables, nous sommes heureux, quand ils sont désagréables nous sommes malheureux. La conscience est une conséquence de nos actions et de nos perceptions.
Nous pouvons avoir sept niveaux de conscience différents :
1) Ce niveau est une vigilance excessive observée au cours d’une émotion, La conscience du monde extérieur se trouve affaiblie, l’attention ne peut se fixer, elle est diffuse, flou. Correspond aux émotions fortes.
2) C’est la conscience vigilante par excellence, correspondant à l’existence d’attention sélective, capable néanmoins de flexibilité en fonction des nécessités de l’adaptation, à la concentration et dans certains cas à l’attente de la perception. Niveau de vigilance attentive.
3) Il correspond à l’existence d’une attention non concentrée, avec production, dans la pensée d’association libre, et une baisse relative de la conscience du monde extérieur. Etat de vigilance détendue qui s’obtient par une décontraction concentrative (relaxation et concentration passive sur ses fonctions corporelles et psychiques), technique que l’on retrouve dans la pratique d’une psychothérapie à médiation corporelle, utilisé pour la gestion du stress.
4) C’est la conscience qu’on observe dans la rêverie. Les sollicitations du monde extérieur sont perçues de manière très atténuée. La conscience porte essentiellement sur le déroulement des idées, qui s’expriment souvent sous la forme d’images visuelles. Ce niveau correspond à l’endormissement.
5) La perte de conscience des sollicitations du monde extérieur est pratiquement totale. Le contenu de la conscience est la pensée du rêve. Niveau qui correspond au sommeil léger.
6) La perte de la conscience des sollicitations est complète. Il n’existe aucun contenu de conscience dont nous puissions nous souvenir. C’est l’état de sommeil profond.
7) A ce niveau, il n’existe pas ou peu de réponses motrices. C’est l’état exceptionnel de coma.
La conscience ; centre pilote.
La conscience dite « pilote » est celle qui effectue les opérations mentales complexes et réfléchies qui se déroulent dans le cerveau quand nous pensons, qu’il s’agisse de rechercher un objet égaré ou de rédiger une lettre.
La conscience serait, en fait, un centre de pilotage chargé de centraliser des informations venues des sens, de les analyser, de les coordonner, puis de guider les opérations qui s’ensuivent.
Ce modèle, de conscience pilote, décrit par certains psychologues, correspond assez à une expérience courante de la conscience. De nombreux actes spontanés s’effectuent sans nécessité de contrôle conscient comme appuyer sur un bouton pour éclairer une lampe, identifier les mots un à un pour comprendre un texte lu. C’est seulement face à des opérations complexes, centralisées, non automatiques que la conscience devient fonctionnelle.
Réflexion sur ma conscience.
En sommes, ma conscience est un état cérébral particulier, dépendant de l’assimilation des phénomènes enregistrés par mes sens. Tous ces phénomènes sont interprétés par mon cerveau à la lumière de mes connaissances. Le monde qui m’entoure est immuable, tous les êtres humains perçoivent automatiquement la même réalité. Pourtant, une opération chirurgicale qui se pratiquait sur des patients atteints d’épilepsie grave semble prouver que les êtres humains, comme tous les êtres vivants d’ailleurs, peuvent n’avoir aucune conscience des actions que pratiquent une partie de leur corps.
Le cerveau divisé.
Chez ces patients épileptiques, que je viens de mentionner, on est contraint de procéder à une section du « corps calleux », structure du cerveau qui relie les deux hémisphères cérébraux, le droit et le gauche. Cette opération réduit considérablement les fréquences des crises d’épilepsie sans provoquer des troubles intellectuels, ni fonctionnels particuliers. Toutefois, des examens psychologiques plus spécialisés ont démontré que ces patients, au cerveau divisé, présentaient une véritable dissociation de la conscience. Il leur est possible, par exemple, de tenir et d’utiliser un objet dans la main gauche, mais d’être incapable de nommer ce qu’ils sont en train de faire. La raison en est compréhensible pour un spécialiste des neurosciences. On sait que chacun des hémisphères de notre cerveau commande la partie du corps qui lui est opposée, l’hémisphère gauche commande la partie droite du corps ainsi que le champ visuel issu de l’œil droit, et inversement. Or, certaines expériences sur des personnes au cerveau divisé démontrent qu’elles sont parfois capables d’agir avec une partie de leur corps sans que l’autre s’en aperçoive. L’information circule donc bien de l’hémisphère droit à la main gauche mais ne parvient pas à la conscience (si on peut dire) de l’hémisphère gauche qui est le siège du langage. Tout se passe comme si le monde de ces patients était divisé en deux, un des hémisphère étant étranger par rapport à l’autre. Ces patients auraient donc deux corps différentiés.
Réflexion ; ce monde qui nous est inconnu.
Le matin à mon réveil , je vois, par ma fenêtre le Soleil pointant à l’horizon, ce même Soleil qui venait illuminer, il y a quelques minutes les sommets enneigés des chaînes du Tyrol, alors que je dormais encore plongé dans l’obscurité de la nuit.
Encore somnolent, je me dirige vers la salle de bain. Dans les quelques instants qui se sont écoulés, depuis mon réveil, je suis passé d’un état mental à un autre, de l’état de sommeil à celui de veille. C’est le premier niveau de ma conscience. A ce stade, je peux exécuter, plus ou moins machinalement, une série d’opérations conscientes ; me diriger vers le lavabo, ouvrir le robinet d’eau froide, régler l’ouverture du robinet d’eau chaude de façon à avoir suffisamment d’eau chaude, sans toutefois me brûler ; c’est ce que l’on nomme, en psychologie « la conscience attention ». Etre conscient, c’est être présent au monde. Mais cela n’implique pas forcément que l’on est en train de penser. Je suis « conscient » du miroir qui se trouve au dessus du lavabo, sans que j’aie besoin d’y réfléchir. Je peux me raser en regardant mon visage dans ce miroir, mais le visage que je vois est la réflexion de mon visage éclairé par la lumière solaire ou par une ampoule électrique enregistré par ma rétine et interprété par mon cerveau.
Je sais que mon système visuel n’enregistre qu’une petite frange de longueur d’onde de la lumière réfléchie par l’objet observé. Je ne vois pas mon visage dans la frange de l’infrarouge, ni de l’ultraviolet, j’aurais bien du mal d’ailleurs à me reconnaître. Dans l’infrarouge, seules les parties les plus chaudes de mon visage seraient bien visibles, de même dans l’ultraviolet je ne serais pas reconnaissable. Je ne me reconnais, en fait, que si les conditions d’éclairages sont adaptées à ma vision, c’est-à-dire l’éclairage photonique (flux de photons)
Je suis assis devant mon bureau, j’écris sur une feuille de papier déposée devant moi. Ma position assise est relativement stable, les mouvements de mon poigné droit pour écrire les lignes sont insignifiants. Je suis pratiquement immobile et me considère comme tel. Pourtant, je suis entraîné par le mouvement de la Terre autour du Soleil à la vitesse de 30 kilomètres par seconde. Sans en avoir conscience, alors que j’ai écrit la phrase « la Terre tourne autour du Soleil » j’ai parcouru 300 kilomètres, sans même m’en apercevoir, chaque syllabe écrite durant 1 seconde , quand j’écris « la » j’ai fait 30 kilomètres, « Ter » 60 kilomètres, « re » 90 kilomètres, « tour » 120 kilomètres, « ne » 150 kilomètres, « au » 180 kilomètres, « tour » 210 kilomètres, « du » 240 kilomètres, « So » 270 kilomètres, « leil » 300 kilomètres.
Tout ce qui m’entoure ; les murs de ma maison, sa toiture, etc., me paraissent stables, ce sont des objets inanimés. Je sais, pourtant, que tout est constitué d’atomes composés de noyaux (les nucléons) autour desquels tournent des électrons. Ces atomes forment des molécules qui s’agitent, aussi, les unes par rapport aux autres. Le mouvement est partout, aussi bien dans l’infiniment petit, comme dans l’infiniment grand (l’expansion de l’Univers) et de cela non plus je n’en suis pas conscient.
Il ne faut pas concevoir une particule comme une chose permanente, mais plutôt comme un événement qui apparaît ici et maintenant, ponctuellement dans le temps. Parfois ces événements forment des chaînes qui donnent l’illusion d’être des objets permanents. Le cercle de feu créé devant mes yeux par la rotation rapide d’une torche n’est pas un objet. Le monde des phénomènes est constitué d’événements qui ne peuvent demeurer identiques à eux-mêmes pendant seulement deux instants consécutifs, faute de quoi, ils seraient figés pour toujours.
Le fait que la matière me paraisse continue tient simplement à ce que je ne puisse pas l’examiner avec assez de précision, de même, que vu de loin, une prairie m’apparaît comme une grande étendue verte alors qu’elle est constituée d’une multitude de brins d’herbe distincts.
Dans la nature tout dépend de tout, tout est en relation, des particules élémentaires aux amas de galaxies. Il n’y a pas d’objet ayant une existence propre. L’interdépendance est intimement liée à l’impermanence des phénomènes, tout change et se transforme.
Je fais partie de ce tout. Ma vie se déroule dans un monde changeant dont je ne saisis que les phénomènes nécessaires à ma survie, je ne vois, ne perçois, ne ressens que ce que me permettent mes sens, c'est-à-dire pas grand-chose. Pourtant cela me suffie pour vivre, mais l’être humain peut-il se contenter de vivre pour vivre, sans se poser des questions sur le sens de sa vie et les problèmes qu’il rencontre tout au long de son existence. Ce poser des questions nécessite la possibilité de trouver des réponses adéquates, Comment répondre à des questions quand celles-ci ne sont que la perception floue de mes sens ? Certes, je ne peux pas, en permanence me poser des questions sur la réalité des choses que je perçois, ce serait fastidieux et inutile. Mais, dans certaines circonstances pénibles, la vraie réponse à un événement traumatisant pourrait soulager mon angoisse. Pour avoir la bonne réponse, je ne peux pas faire abstraction de la vraie nature des éléments avec lesquels je suis intimement lié ; comment réagir si je n’ai pas conscience de leur existence ?
Je sais, par exemple, que je suis un des habitants d’une planète qui s’est formée, il y a plus de 4 milliards 500 millions d’années par la collision et l’accrétion d’une multitude de blocs rocheux et de météorites. La Terre, depuis cette époque, n’a pas cessée de se transformer et continuera jusqu’à la fin, dans environ 4 milliards 500 millions d’années. C’est grâce à cette évolution que Homo sapiens a pu apparaître, il y a, environ, 180 000 ans. Aux diverses époques, des fantastiques catastrophes se sont produites qui ont décimés des espèces entières, c’est la brièveté relative de notre vie individuelle qui nous permet d’échapper à ces catastrophes, quoi que les secousses sismiques, raz-de-marée et autres volcans nous touchent, parfois localement.
Réflexion sur les pouvoirs de ma pensée.
Baigné dans une douce soirée d’été, je contemple l’immense Soleil qui s’apprête à disparaître dans la mer azurée de la Méditerranée. Les reflets de ses rayons rasants scintillent sur les ondulations de la surface d’une mer calme, donnant l’impression d’un mouvement éternel.
Je perçois le phénomène, parce que je suis là, à cet instant, disponible et séduit par la beauté grandiose du spectacle.
Le phénomène est-il réel ou est-ce moi qui le pense ?
Tous les soirs depuis des milliards d’années, sur tous les rivages de cette planète, le phénomène s’est déroulé, imperturbable, alors qu’il n’y avait aucun être humain pour l’observer. A cette époque lointaine, peut-on dire que le phénomène existait, tel que nous le voyons ?
Bien sûr, la Terre n’avait pas la même configuration elle tournait sur elle-même par rapport au Soleil et aux étoiles du firmament. La mer calme, d’une belle soirée d’été, était animée à sa surface par des ondes liquides créées par une légère brise marine, celle-ci était formée par le déplacement des molécules de l’air atmosphérique dû à la différence des températures zonales et le Soleil convertissait son hydrogène en hélium dont l’énergie parvenait sur la Terre sous forme de spectre de lumière que l’eau de la mer décomposé en bleu azuré.
Mais ce phénomène spectaculaire n’existait pas tel que nous le voyons et le concevons, en réalité tout phénomène ne peut exister en dehors de la pensée de celui qui le perçoit.
Puisque que je sais que tous les phénomènes qui jalonnent ma vie depuis ma naissance sont des leurres, ma mort ne serait-elle pas qu’une illusion ?